Le bon moment

« – Ça fait quelques mois que vous renouvellez votre Ventolin de manière régulière…  Avez-vous déjà pensé à arrêter de fumer?  On s’en était parlé la dernière fois, mais…

– Pas aujourd’hui…  Je vis des choses difficiles en ce moment.  Quand ça va se calmer, je vais revenir vous voir, ne vous inquiétez pas. »

…C’est quand, au juste, le bon moment?

C’est tellement difficile de débuter quelque chose, de se mettre en mouvement.  On contemple l’idée de l’objectif, on lui lance des regards furtifs, puis on essaie d’imaginer les multiples étapes pour s’y rendre… et on repousse le processus à demain.  On attend un signe, une date, un événement… n’importe quoi pour nous dire que c’est le bon moment.

Et ce signe, il ne vient jamais.  (Ou encore, l’univers se tue à nous donner des signes à bout de bras, et on s’efforce de les ignorer…  pauvre univers…)

 

Ça m’a pris plusieurs mois avant de me remettre à écrire.  Mon prétexte me semblait suffisant pour arrêter au moment où j’ai déposé mon projet sur la glace (mon portable est décédé).  Durant ce temps, j’ai caressé le projet de me débuter un nouveau projet d’envergure, un nouveau blogue où je pourrais entraîner ma plume sans entacher la réputation d’un autre blogue…  J’ai retourné dans mes pensées les différents formats, les sujets, les personnes que je voulais atteindre avec mes mots…  des idées qui ne verront jamais la lumière ni même l’ombre d’une réalité.

Écrire et publier ses mots, c’est offrir une nouvelle réalité aux idées éparses qui se bousculent dans mon esprit embrumé de sommeil…  c’est envoyer une jeune idée encore chambranlante rencontrer un esprit accompli de l’autre côté de l’écran.

Une rencontre inespérée de deux esprits complètement détachés, par l’intermédiaire d’un texte anodin.

 

Pour qu’une rencontre obtienne un résultat intéressant, le moment de la rencontre est d’une importance capitale.  Le premier doit être suffisamment épanoui pour que son idée fleurisse clairement.  Le deuxième doit être attentif et vulnérable à ces mots.  Il doit être à un moment dans sa vie où il a besoin d’un tel concept pour concevoir changer de cap.  Si le texte vient un peu trop tôt, il manquera l’intérêt de son lecteur, qui n’a pas encore le vécu nécessaire pour pouvoir l’apprécier et l’intégrer à ses pensées personnelles.  Si le texte vient trop tard, les décisions ont déjà été prises et leurs répercussions son déjà en marche.

 

Quelles sont les chances de publier un écrit au moment exact où une personne est prête à le recevoir?  Quelles sont les chances que ces quelques lignes lancées à l’improviste aient des répercussions notables sur des personnes que je ne connais même pas?

Quelles sont les chances que ce texte sombre dans l’oubli, qu’aucun oeil ne parcourt ces lignes?

 

Le bon moment, il n’existe peut-être pas.

Dans ce cas… pourquoi attendre?

 

 

Eska

Inspiration trouvée selon le prompt : Timely 

Texte écrit au milieu de la nuit, les doigts bercés par le rythme envoûtant d’une interprétation au piano de Something Just Like This (Coldplay and The Chainsmokers)